Author: Katherine Shirk Lucas

Trente ans d’attente et pourtant . . .

Certaine paroles recueilles au Forum chrétien mondial résonnent encore.

Lors d’une séance plénière de partage et de questions, un homme d’environ 55 ans a pris le micro sans fil et s’est présenté selon les consignes. Pasteur africain-américain d’une petite communauté chrétienne aux Etats-Unis, il a témoigné d’une voix forte et alourdie de peine : « Cela fait 30 ans que nous attendons d’être invités…30 ans que nous attendons de la visite… 30 ans… Pourquoi cela n’arrive-t-il pas ?!  Et pourtant nous attendons encore … »

C’était la dernière question de la séance. A suivi un silence palpable, face à la plaie ouverte, l’examen de conscience.

En 1960, Dr Martin Luther King Jr a déploré  une tragédie honteuse : que le dimanche matin à 11 h 00 soit l’heure où la ségrégation est la plus marquée dans l’Amérique chrétienne.  En 2018, en Amérique comme ailleurs, le dimanche matin à 11 h 00, on se rassemble encore trop souvent qu’entre semblables. Le corps ecclésial porte aussi les stigmates de la ségrégation.

Le cri du pasteur a encore retenti au retour de Bogotá, à ma descente de l’avion à Paris, quand j’ai appris le décès, survenu le 28 avril 2018, du théologien américain James H. Cone, fondateur de la théologie noire de la libération, pasteur et professeur à l’Union Theological Seminary. Bien qu’adulé après sa mort, il fut détesté par certains au cours de sa vie, tout comme Dr King, pour sa voix prophétique : à la publication de son œuvre La croix et l’arbre à lyncher en 2012, il reçut des menaces de mort.

En 2010, James Cone a reçu un doctorat honoris causa de l’Institut Protestant de Paris.

Il concluait sa leçon académique ainsi

 « D’habitude, le peuple qui n’a jamais été lynché par un autre groupe comprend difficilement   pourquoi les Noirs veulent rappeler aux Blancs leurs atrocités. Pourquoi les rappeler ? N’est-ce pas mieux d’oublier ? Absolument pas ! L’arbre du lynchage est une métaphore de la crucifixion du peuple noir d’Amérique. C’est la vitrine qui montre le mieux la signification théologique de la croix des chrétiens aux États-Unis. En ce sens, les Noirs sont des figures  du Christ, non seulement parce que nous le voulons, mais parce que nous n’avons pas eu le choix d’être lynchés, tout comme Jésus n’a pas eu le choix de son chemin vers le Calvaire. Jésus ne voulait pas mourir sur la croix et les Noirs ne voulaient pas être pendus à l’arbre à lyncher. Mais les forces diaboliques de l’Empire romain et de la suprématie blanche en Amérique le voulaient. Cependant, Dieu prit en son moi divin le mal de la croix et de l’arbre à lyncher, et transforma les deux dans la beauté triomphante du divin. Si l’Amérique a le courage d’affronter, avec repentance et réparation, l’immense péché et l’héritage continu de la suprématie blanche, il y a de l’espoir par-delà la tragédie. »

Cet espoir, par-delà, c’est bien pour cela que le pasteur et sa congrégation attendent, toujours et encore, comme et avec tant d’autres, Celui qui vient.

Petite-fille de Blancs, de la campagne, du Sud des États-Unis, j’ai été prise malgré moi par son appel, comme Simon de Cyrène, tiré de la foule,  pour porter la charge de l’arbre à lynchage, derrière Jésus, à la lueur d’une transfiguration qui tarde.

Nous prions avec eux et pour eux : maranatha, Seigneur, viens-nous visiter.

Groupes interecclésiaux mondiaux

Dès le premier jour du Forum chrétien mondial, les participants se sont retrouvés dans des groupes appelés « Groupes interecclésiaux mondiaux » au sein desquels chacun.e était invité.e à partager l’histoire de son cheminement avec Jésus Christ.

Je me suis retrouvée avec 9 chrétiens et 2 autres chrétiennes, de 11 pays différents : une expérience rare, inégalable. Il y avait une grande qualité d’écoute et une volonté de partage, même jusqu’aux larmes des souvenirs lointains mais toujours aussi douloureux. Nous étions plusieurs à revisiter notre enfance pour raconter comment nous avons été accompagnés sur notre route.

J’ai partagé mon expérience d’apprentissage de la prière à une petite école primaire catholique paroissiale dont les journées suivaient la cadence monastique de nos institutrices, des sœurs carmélites de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus : la messe du matin, l’action de grâce avant le repas du midi et des intercessions quotidiennes. Si on entendait les sirènes des véhicules d’urgence, les sœurs arrêtaient les leçons pour nous inviter à la prière pour ceux qui étaient en détresse. J’ai de vifs souvenirs d’avoir prié ensemble tous les jours pour les otages américains en Iran quand j’avais 6-7 ans. Elles nous ont fait comprendre que Jésus est un ami toujours à l’écoute, à l’écoute surtout des petits. Par ce partage, je voulais aussi exprimer ma gratitude pour le don de ces femmes catholiques religieuses, si généreuses, travaillant dans l’ombre, souvent sans reconnaissance. D’autant plus que je suis de la dernière génération de catholiques d’Oklahoma d’avoir reçu une telle éducation à la prière à l’école primaire.

De même, chaque histoire personnelle ouvrait sur l’histoire d’une communauté chrétienne particulière.  Les récits de celles qui subissent discrimination et persécution du régime politique étaient troublants, mais en même temps, plein de ténacité et d’espoir.

Nous avons senti le souffle de la catholicité.

Depuis notre retour de Bogotá, les membres de notre groupe échangent des photos, nouvelles, promesses de prières…

 

« Notre ministère est le ministère de la réconciliation »

Photo d’Albin Hillert, COE

Le message de Rev Olav Fyske Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, lu par Odair Pedroso Mateus, directeur de la Commission Foi et Constitution, m’a vivement interpellé. Dans la partie intitulée « Prier et œuvrer au service de la réconciliation et de la paix en Colombie, »  il prend acte du fait que dans les Églises, il y a de nombreuses voix qui ont refusé l’accord de paix.

« Malgré les efforts de DiPaz, une partie de la population porte un regard soupçonneux sur nos Églises qui ne sont pas réconciliées entre elles et se disputent parfois. Nous ne pouvons pas nous contenter d’un œcuménisme poli et de belles relations individuelles au détriment des questions difficiles qui empêchent notre témoignage d’être pertinent et éloquent. Notre ministère est le ministère de la réconciliation. « Que l’amour fraternel demeure » également lorsque nous abordons les sujets qui nous séparent encore, pour que nous rapprochions toujours plus les un des autres, parce qu’ainsi nous nous approchons toujours plus du Christ parmi nous. »

Avec l’intensité de notre rencontre, il m’est difficile d’exprimer ici toutes mes réflexions, mais je suis frappée à la fois par son réalisme et par ses encouragements d’aller plus loin, car nous savons que le Christ est parmi nous.

Laissons-nous nous réconcilier.

Katherine Shirk Lucas

Rencontre avec le père Joseph de l’Eglise syriaque orthodoxe d’Antioche

Rencontre avec le père Joseph, de l’Église syriaque orthodoxe, moine de l’ordre de Saint Ephrem.

Merci au père Joseph, arrivé à Francfort via Beyrouth, pour ce partage à la porte d’embarquement de notre vol à Bogotá.

Il m’a donné des nouvelles du père Roger, aussi de l’Église syriaque orthodoxe, qui a fait sa thèse à l’Institut Catholique de Paris et a prêché à l’église Saint-Joseph-des-Carmes, lors de la messe pour l’unité pendant la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens en 2012.

Quelles sont vos attentes du Forum chrétien mondial ?

D’abord, le père Joseph espère que le thème « Que l’amour fraternel demeure » sera médité et discuté par tous les participants, que ce message sera compris comme le cœur de notre rassemblement ainsi que de l’unité des chrétiens.

Il souligne que la persécution de l’Église et des chrétiens est récurrente en Moyen-Orient. Comment en prendre conscience aujourd’hui ? Comment être à l’écoute des chrétiens d’Orient ? (Ce thème, « La discrimination, la persécution et le martyr : suivre ensemble le Christ » est à l’ordre du jour du mercredi après-midi)

Grâce à cette rencontre, il voudrait pouvoir mesurer l’engagement de jeunes chrétiens au service des autres dans le monde.

Qu’est-ce que l’expérience du Forum chrétien mondial pourrait-elle apporter au retour, chez vous ?

Le père Joseph souhaite que le message d’amour fraternel sera bien reçu, que ce temps de réflexion et de rencontre va permettre de changer des idées préconçues et certains stéréotypes des chrétiens d’Orient qui sont véhiculés par des médias qui sont biaisés.

Qu’est-ce que votre Église apporte-t-elle à l’unité de l’Église du Christ ?

L’Église syriaque orthodoxe est une Église apostolique. Elle apporte la richesse de la tradition, des prières, des spiritualités, un héritage reçu et transmis depuis des siècles. Elle apporte de la fidélité dans la transmission des enseignements des Pères de l’Église, qui ont compris la vie du Christ et le témoignage de la Bible grâce à l’inspiration de l’Esprit Saint. Leurs expériences spirituelles continuent d’enrichir le patrimoine chrétien aujourd’hui, surtout car nous avons besoin de nous appuyer sur une base solide, comme le roc de la foi de Saint Pierre.

Pourriez-vous nous conseiller un Père de l’Église qui vous semble particulièrement pertinent aujourd’hui?
Notre époque a besoin de spiritualité plutôt que de la théologie dogmatique; nos contemporains ont besoin d’approches pratiques. Saint Ephrem est un poète spirituel qui a exprimé sa théologie « orthodoxe » à travers la poésie. Il était aussi serviteur de l’amour du Christ, un moine qui soignait des malades dans les hospices, qui enseignait. C’est un héro de la foi.

Nous avons tant besoin de saints qui ne se lassent pas de s’épanouir dans la Bonne Nouvelle et le don de soi aux autres.

***
Merci encore au père Joseph pour ce partage.

 

Il y a deux paroisses de l’Église syriaque orthodoxe en France, en Seine Saint-Denis, l’Eglise Sainte-Marie-Mère de Dieu et la paroisse Saint-Christophe.

Je voudrais exprimer ici toute notre solidarité avec les chrétiens d’Orient. Nous espérons que nous saurons être à l’écoute, au Forum et au retour chez nous.

Katherine Shirk Lucas

Des attentes à la veille de mon départ pour Bogotá

A la veille de mon départ, une amie m’a posé quelques questions sur mes attentes du Forum chrétien mondial. Merci à elle.

Avez-vous déjà fait l’expérience du Forum chrétien mondial ? Comment cette démarche vous interpelle?

Je connaissais l’existence du Forum chrétien mondial, et j’ai eu la chance d’entendre le pasteur Larry Miller partager son expérience du Forum au colloque de l’Institut supérieur d’études œcuméniques en 2015. Je ne m’attendais pas de tout à être invitée à participer au Fourm de Bogotá comme déléguée du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens ! Je suis très heureuse d’accepter cette responsabilité et de vivre cette aventure.

La méthodologie du Forum chrétien mondial, où tout d’abord chaque participant.e est invité.e à raconter l’histoire de son cheminement avec Jésus Christ, me rappelle tout simplement mes années au lycée, où je faisais de l’œcuménisme, avant même de le savoir.  Je viens de l’état d’Oklahoma, une région aux États-Unis qu’on appelle le Bible Belt. Mes camarades de classe et amis étaient en grande majorité des chrétiens de traditions évangéliques. Certains apportaient leurs bibles à l’école tous les jours et m’impressionnait par leur capacité à réciter des passages par cœur. Mes amis chrétiens évangéliques n’hésitaient pas à demander à leur entourage : « Have you been saved ?, » « As-tu été sauvée ? »  Il m’a fallu bien du temps pour vraiment comprendre la signification de cette question. Grâce à cette interrogation fondamentale, j’ai été amenée à parler de Jésus Christ avec mes amis.  Ils avaient aussi beaucoup de questions sur l’Église catholique, du style « pourquoi devez-vous obéir ou pape ? »  et « pourquoi priez-vous Marie ? » Afin de mieux leur répondre, j’ai commencé, moi aussi, à me poser des questions sur mon Église et à la découvrir autrement en approfondissant mes connaissances.

La démarche du Forum chrétien mondial me semble vitale pour l’avenir de l’unité des chrétiens à travers le monde, car l’œcuménisme institutionnel, bien qu’il soit essentiel, a des limites. Un événement comme le Forum, où des personnes d’horizons si différents se rencontrent et s’écoutent, témoigne que la réconciliation par le dialogue est possible. C’est en effet une exigence de l’Évangile.

 

Quelles sont vos attentes – au niveau du voyage, de la rencontre, et au niveau personnel ?

Ce voyage à Bogotá est un premier en Amérique latine pour moi. C’est aussi la première fois que je participe à une rencontre œcuménique d’une telle dimension internationale. Je cherche à vivre ce temps comme un don de ressourcement spirituel : il m’est donné à réfléchir sur d’où je viens et où je voudrais aller, d’où nous venons et où nous voudrions aller en Église, à la suite de Jésus Christ. C’est un kairos. J’attends d’être étonnée, déplacée, émerveillée … d’élargir mes horizons et respirer la catholicité de l’Église du Christ.

Comment ramener votre expérience à Bogotá en France et jusqu’à Lyon?

Au retour de Bogotá, je prévois de donner un premier écho du Forum aux étudiant.e.s de l’Institut supérieur d’études œcuméniques, où j’enseigne. Il sera intéressant de réfléchir aux fruits de la méthodologie du Forum avec ces personnes, dont certaines sont responsables œcuméniques sur le terrain. J’ai l’intuition que la narration de sa vie de foi, de son cheminement avec Jésus Christ, permettrait de débloquer des situations de tensions et de conflits entre communautés locales. Il est important aussi de partager une perspective du christianisme mondial, car finalement nous risquons tous d’être confinés par ce qui se passe chez nous.

Katherine

Le Pèlerinage de justice et de paix du Conseil oecuménique des Eglies en Colombie en 2018

Avant de préparer ce voyage à Bogotá, je ne mesurais pas l’ampleur de la tragédie des années de conflit armé en Colombie.

Selon le Centro Nacional de Memoria Histórica, de 1958 à 2012, au moins 220 000 personnes ont été tuées par le conflit et les violences.  Il y a aussi un taux très élevé de disparitions forcés ; environ 30 000 cas ont été documentés au cours des quarante dernières années – des militants des droits humains, des syndicalistes, des agriculteurs en zone rurale de conflit, des afro-colombiens et des autochtones. De plus, de 1985 à 2017, environ 7,6 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays.

En novembre 2016, le gouvernement colombien a signé un accord de paix avec les FARC, que le parlement colombien a ratifié par la suite. Mais le sentier de la justice et de la réconciliation est sinueux, douloureux.  Ce cheminement est encore vulnérable et contesté.

Quelles ont été et quelles seront les contributions des Églises et communautés chrétiennes à cette démarche de paix et de réconciliation tellement attendue et en même temps si fragile ?

Cet article, “The Pilgrimage of Justice and Peace:  A Fresh Ecumenical Approach in the Violent Context of Colombia,” de Fernando Enns de la Free University d’Amsterdam et d’Andrés Pacheo Lozano, chercheur mennonite colombien, revient sur l’impact du Pèlerinage de justice et de paix organisé par le Conseil œcuménique des Églises sur le processus de paix toujours en cours en Colombie.

En effet, en 2018, le Pèlerinage de justice et de paix a choisi de mettre la Colombie au centre de ses efforts. Le 9 février 2018, le Conseil œcuménique des Églises a lancé un nouvel appel pour la paix en Colombie.  Vous pouvez découvrir les activités récentes du Pilgrim Team Visits en Colombie (les visites des équipes de pèlerin) ici. En mars 2018, le COE a organisé un forum sur le thème « Le processus de paix en Colombie, et le rôle des Églises et des communautés de foi » où le président Juan Manuel Santos a souligné : « La paix a des ennemis et l’aide des Églises est essentielle en ce moment. »

Selon F. Enns et A. Lozano, ce pèlerinage œcuménique, enracinée dans un cadre de foi trinitaire, se décline en trois voies, la via positiva, la via negativa, et la via transformativa.

A l’avant-veille de mon départ en Colombie, la via negativa que les auteurs décrivent m’interpelle.

« Accepter la dimension de la via negativa dans notre condition de disciple implique l’adoption d’une perspective réaliste des réalités cruelles et injustes et de faire le deuil ensemble en présence du Christ crucifié. Cela révèle le besoin pour les Églises de reconnaître comment leur piété et leurs théologies pourraient blesser les personnes au lieu de les soutenir. Le concept de pèlerinage permet aux Églises d’apprendre de leurs propres échecs, de lâcher le pouvoir, le contrôle et les intérêts financiers… c’est un chemin de purification qui permet de rendre témoignage de manière plus crédible à la voie de Jésus. »

Nous arrivons en pèlerin sur cette terre et parmi ce peuple qui ont tellement souffert.

« Portez les fardeaux les uns des autres ; accomplissez ainsi la loi du Christ » (Galates 6,2).

Que notre rencontre, notre partage et nos prières, soient porteurs.

Katherine

Les Eglises et l’oecuménisme en Colombie, partie 2

Les Églises protestantes en Colombie

Selon ces statistiques, les chrétiens protestants font 14% de la population de la Colombie, les chrétiens catholiques font 79%, et l’autre 7% relève des catégories « autre » et « pas précisés. »

Les missions protestantes ont commencé en Colombie au 19è siècle, suite à l’indépendance du pays du régime espagnol en 1819 et l’arrivée au pouvoir du Parti libéral.  En 1856, l’Eglise presbytérien (Etats-Unis) a envoyé des missionnaires, dont le premier, Henry Barrington Pratt, pour fonder des congrégations dans les grandes villes et quelques régions rurales.

En 1937, le synod de l’Iglesia presbiteriana de Colombia (IPC) a commencé le processus pour devenir une Eglise autonome. Depuis l’adoption de la constitution en 1991, l’IPC est officiellement reconnue comme Église par l’Etat. En 1982, l’IPC a fondé un séminaire théologique qui est devenu une faculté de l’Université réformée de la Colombie (URC), la première institution protestante d’enseignement supérieur du pays, crée en 2002.  En 2013, l’IPC comptait 55 congrégations, 46 pasteurs et 12 000 membres. Elle est membre de la Communion mondiale d’Eglises réformées, du Conseil œcuménique des Eglises, Consejo Latinoamericano de Iglesias (CLAI – Conseil latino-américain des Églises) et le Red Ecuménica de Colombia (Réseau œcuménique de Colombie).

Depuis les années 1960, des Eglises indépendantes et pentecôtistes connaissent une croissance importante, de sorte qu’aujourd’hui, 7% de la population colombienne appartiennent à ces communautés.

Les réseaux œcuméniques régionaux et nationaux en Colombie

Cette fiche du COE présente le Consejo Latinoamericano de Iglesias (CLAI – Conseil latino-américain des Églises). Fondé en 1982, le CLAI représente 139 Eglises et associations dans 19 pays, ce qui correspond à deux million de chrétiens. Son siège se trouve à Quito, en Equateur. Le CLAI a cinq secrétariats sur le continent, afin d’être plus proche des Églises locales. C’est une instance qui permet aux Églises de se consulter et de coordonner des actions communes. En Colombie, le CLAI s’est concentré particulièrement sur la promotion de la paix.

En 1990, la Comisión Evangélica Pentecostal Latinoamericana  (CEPLA – Commission evangélique pentecôtiste latino-américaine) a été crée afin de poursuivre le dialogue, la réflexion commune et la solidarité diaconale parmi es pentecôtistes du continent sud-américain.  La CEPLA a participé avec le CLAI dans le dialogue catholique-pentecôtiste en Amérique latine, et dans le processus du dialogue international entre le COE et les pentecôtistes.

Le Red Ecuménica de Colombia (Réseau œcuménique de Colombie), fondé en 2001, cherche à développer des programmes d’accompagnement des personnes au sein des Eglises, communautés et groupes qui ont été victimes de la violence sociale et politique en Colombie.

Les Eglises et l’oecuménisme en Colombie, partie 1

Afin de mieux comprendre l’histoire et la situation ecclésiale et œcuménique de la Colombie, je me suis tournée vers les publications du Conseil œcuménique des Églises, d’abord un article du frère Jeffrey Gros, FSC, dans The International Review of Mission, « The Challenge of Pluralism and Peace : The Changing Relationships Among the Churches in Colombia » (98 no 389 nov 2009, p 342-359).  En se plaçant comme observateur extérieur, J. Gros revient sur l’histoire du rapport entre l’Église catholique, d’autres communautés religieuses et l’Etat, la réalité des Églises protestantes, les défis de la réception du Concile Vatican II au sein de l’Église catholique et les initiatives œcuméniques dans un contexte marqué par la violence sociale et politique.

Considérons d’abord le rapport entre l’Église catholique et l’Etat.

Depuis l’époque de l’empire espagnol, et jusqu’au 19è siècle, la Colombie a été gouvernée selon le « modèle constantinien, » où le catholicisme était religion d’Etat.  De 1853 à 1886, avec l’arrivée du Parti libéral au pouvoir, le pays a vécu une première expérience de séparation de l’Église et de l’Etat.  Avec le retour du Parti conservateur, un concordat a été établi avec le Saint-Siège en 1887. Il a instauré l’instruction religieuse catholique à l’école publique, élevé les tribunaux ecclésiastiques au rang civil et garanti la participation du gouvernement dans la nomination des évêques.  Ce concordat, avec quelques ajustements en 1953 et 1973, était en vigueur jusqu’à l’adoption de la constitution en 1991.

Le retour du Parti libéral au pouvoir de 1930 à 1946 a permis d’accorder la liberté religieuse aux citoyens, dont les chrétiens protestants, de manière temporaire. Cependant, suite à l’assassinat de Jorge Elicer Gaitin, chef du Parti libéral, en plein campagne présidentiel le 9 avril 1948, la Colombie a connu une période de dix ans de guerre civile et d’anarchie, appelée La Violencia. De nombreux Protestants sont morts dans ce conflit, des églises et propriétés protestantes ont été confisquées. Aujourd’hui encore, beaucoup de communautés protestantes font mémoire des martyrs de cette époque.

L’adoption de la constitution en 1991 a mis fin à l’hégémonie de l’Église catholique, en établissant la séparation de l’Église et de l’Etat. La fin des provisions du concordat était controversée pour une partie des catholiques colombiens et des membres du clergé et de l’épiscopat qui identifiaient la culture colombienne et une forme particulière du catholicisme.

Gros observe que l’appréciation du pluralisme religieux comme valeur positive en Colombie est très lente.

À suivre : les Églises protestantes et les institutions oecuméniques en Colombie, la réception du Concile Vatican II, l’oecuménisme et le processus de paix

Katherine

Il est temps de penser à la valise !

Les organisateurs du Forum chrétien mondial nous recommandent de prévoir un parapluie et une bible …

Comme beaucoup de théologien.ne.s, j’ai acquis un certain nombre de bibles au fil du temps, et je suis reconnaissante d’avoir eu cette liberté.

La Bible qui va m’accompagner à Bogotá fait partie, en quelque sorte, de l’histoire de mon journey with Jesus Christ, de mon cheminement avec Jésus Christ, que chaque participant.e partagera en groupe interecclésial le premier jour de notre rencontre, Telling the Stories of Our Journeys with Jesus Christ.

Cette bible m’a été confiée par le père Ross, curé de a paroisse universitaire Saint-Thomas More, à Norman, Oklahoma, aux Etats-Unis, en mai 1995, un mois après l’attentat qui a meurtri notre pays le 19 avril 1995. Après avoir passé de longues heures d’attente et de prière auprès des familles endeuillées, le père Ross, envoyé ailleurs par l’archevêque, quittait avec peine la paroisse qu’il aimait tant. Nous étions plusieurs étudiants d’avoir eu la chance de travailler avec lui au service de l’aumônerie universitaire ; à l’époque on osait nous appeler les peer ministers, les ministres des pairs. Je n’ai compris que plus tard la confiance exceptionnelle qu’il nous avait accordée. Nous l’aimions beaucoup.

Nous l’aidions à faire ses cartons de livres, tous au bord des larmes bien cachées. « Tiens, » m’a-t-il dit en me tendant cette bible, « elle est pratique pour voyager. »

Quand j’ouvre cette bible, je me souviens que je n’ai jamais été seule au cours de ce voyage avec Jésus Christ, ses disciples viennent à ma rencontre et font route avec moi ; de temps à autre, certains portent mes valises sans même le savoir.

Partager mon histoire à Bogotá, c’est aussi rendre grâce à Dieu pour tous ces compagnons de chemin qui marchent toujours à mes côtés, chacun, chacune à sa manière.

Katherine Shirk Lucas 

L’Esprit à l’œuvre pour un peuple réconciliateur : une raison d’être du Forum chrétien mondial

Dans l’introduction de Revisioning Christian Unity : The Global Christian Forum, qui rend compte de la première rencontre internationale du Forum chrétien mondial à Limuru, au Kenya en 2007, Hubert van Beek revient sur l’évolution de trois mouvements qui ont marqué l’histoire du christianisme mondial au cours du 20ème siècle : le mouvement œcuménique moderne, le mouvement évangélique et le mouvement pentecôtiste.

Grâce au mouvement œcuménique, de nouvelles relations paisibles sont possibles entre diverses Églises et traditions chrétiennes. H. van Beek cite comme exemple des fruits la création du Conseil œcuménique des Eglises en 1948, la levée des excommunications mutuelles de 1054 entre Rome et Constantinople en 1965 et la Déclaration commune sur la justification entre la Fédération luthérienne mondiale et l’Église catholique en 1999.

Le mouvement évangélique s’est également affirmé, avec la re-fondation de l’Alliance évangélique mondiale en 1951 et le lancement du mouvement de Lausanne en 1974. Ces réseaux internationaux ont un impact profond sur la manière de penser et vivre la mission chrétienne à travers le monde, et les Églises et associations évangéliques connaissent une grande vitalité.

Le mouvement pentecôtiste, qui cherche à mettre en évidence l’action de l’Esprit Saint dans la vie des croyant.e.s chrétien.ne.s, vit une expansion sans précédent dans l’histoire du christianisme. En plus de nouvelles formes de vie ecclésiale nées du pentecôtisme, le Renouveau charismatique touche de nombreuses dénominations historiques.

H. van Beek souligne que ces trois mouvements se réclament, avec raison, de l’Esprit Saint. Notons au passage que le Concile Vatican II affirme que le mouvement œcuménique est né « sous l’effect de la grâce de l’Esprit Saint » (Unitatis redintegratio 1). Chacun des trois mouvements sont à leur manière source de dynamisme et renouveau pour l’Église du Christ. Cependant, d’un côté le mouvement œcuménique, et de l’autre côté, les mouvements évangéliques et pentecôtistes, se sont développés de façon isolée, parfois en opposition ou conflit.

Le Forum chrétien mondial est né de la conviction que l’Esprit, toujours et encore à l’œuvre, est une force vive pour dépasser toutes ces séparations douleureuses. En 1998, lors de la  première réunion sur l’idée d’un Forum, les participants ont affirmé : « Le Forum proposé est possible en raison du don de l’unité en Christ qui existe déjà. Il est nécessaire en raison de notre foi commune en un Dieu de réconciliation, dont l’Église se sait appelée à devenir le peuple de Dieu réconcilié et réconciliateur. »
Il est vital à la mission de l’Église du Christ que des chrétien.ne.s des Églises évangéliques, pentecôtistes, orthodoxes, anglicanes, protestantes, catholiques se rencontrent et s’écoutent. Le Forum est un espace où cette rencontre se réalise.

H.van Beek rappelle que le Forum se veut vulnérable et humble :  il ne cherche pas à s’imposer, mais à être serviteur de l’Esprit au cœur du monde qui a tant besoin de réconciliation.

Katherine Shirk Lucas