Avant de préparer ce voyage à Bogotá, je ne mesurais pas l’ampleur de la tragédie des années de conflit armé en Colombie.

Selon le Centro Nacional de Memoria Histórica, de 1958 à 2012, au moins 220 000 personnes ont été tuées par le conflit et les violences.  Il y a aussi un taux très élevé de disparitions forcés ; environ 30 000 cas ont été documentés au cours des quarante dernières années – des militants des droits humains, des syndicalistes, des agriculteurs en zone rurale de conflit, des afro-colombiens et des autochtones. De plus, de 1985 à 2017, environ 7,6 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays.

En novembre 2016, le gouvernement colombien a signé un accord de paix avec les FARC, que le parlement colombien a ratifié par la suite. Mais le sentier de la justice et de la réconciliation est sinueux, douloureux.  Ce cheminement est encore vulnérable et contesté.

Quelles ont été et quelles seront les contributions des Églises et communautés chrétiennes à cette démarche de paix et de réconciliation tellement attendue et en même temps si fragile ?

Cet article, “The Pilgrimage of Justice and Peace:  A Fresh Ecumenical Approach in the Violent Context of Colombia,” de Fernando Enns de la Free University d’Amsterdam et d’Andrés Pacheo Lozano, chercheur mennonite colombien, revient sur l’impact du Pèlerinage de justice et de paix organisé par le Conseil œcuménique des Églises sur le processus de paix toujours en cours en Colombie.

En effet, en 2018, le Pèlerinage de justice et de paix a choisi de mettre la Colombie au centre de ses efforts. Le 9 février 2018, le Conseil œcuménique des Églises a lancé un nouvel appel pour la paix en Colombie.  Vous pouvez découvrir les activités récentes du Pilgrim Team Visits en Colombie (les visites des équipes de pèlerin) ici. En mars 2018, le COE a organisé un forum sur le thème « Le processus de paix en Colombie, et le rôle des Églises et des communautés de foi » où le président Juan Manuel Santos a souligné : « La paix a des ennemis et l’aide des Églises est essentielle en ce moment. »

Selon F. Enns et A. Lozano, ce pèlerinage œcuménique, enracinée dans un cadre de foi trinitaire, se décline en trois voies, la via positiva, la via negativa, et la via transformativa.

A l’avant-veille de mon départ en Colombie, la via negativa que les auteurs décrivent m’interpelle.

« Accepter la dimension de la via negativa dans notre condition de disciple implique l’adoption d’une perspective réaliste des réalités cruelles et injustes et de faire le deuil ensemble en présence du Christ crucifié. Cela révèle le besoin pour les Églises de reconnaître comment leur piété et leurs théologies pourraient blesser les personnes au lieu de les soutenir. Le concept de pèlerinage permet aux Églises d’apprendre de leurs propres échecs, de lâcher le pouvoir, le contrôle et les intérêts financiers… c’est un chemin de purification qui permet de rendre témoignage de manière plus crédible à la voie de Jésus. »

Nous arrivons en pèlerin sur cette terre et parmi ce peuple qui ont tellement souffert.

« Portez les fardeaux les uns des autres ; accomplissez ainsi la loi du Christ » (Galates 6,2).

Que notre rencontre, notre partage et nos prières, soient porteurs.

Katherine