Le 23 septembre 2011, le pape Benoît XVI était à Erfurt, en Allemagne, dans l’ex-couvent augustinien, là même où Martin Luther vécu le commencement de sa vie monastique à partir de 1505 jusqu’en 1508. Le pape rendit un vibrant hommage à la force de la foi de Luther et à son désir de recevoir la miséricorde de Dieu. Puis, Benoît XVI exprima la nécessité de l’action en faveur de l’unité des chrétiens dans le but de promouvoir la foi dans notre monde contemporain. Il analysait alors l’évolution du christianisme mondial et l’émergence de nouvelles formes de christianisme, souvent de type pentecôtiste, évangélique, charismatique. Il posait cette question : « Qu’est-ce-que cette nouvelle forme de christianisme a à nous dire de positif et de négatif ? »

En un sens, la recherche de réponses à cette question explique ma présence au Forum Chrétien mondial de Bogota.

Aujourd’hui, je suis heureux de partager trois joyeuses expériences, promesse de réponses fécondes !

Ma première découverte réside dans le bonheur de la rencontre. Au Forum Chrétien Mondial, nous vivons ensemble sous le même toit. Trop souvent, l’œcuménisme est réduit à un dialogue entre savants théologiens. L’unité des chrétiens commence d’abord par la rencontre d’autres chrétiens. Elle se poursuit par des expériences de vie commune. Il s’agit de vivre ensemble, prier ensemble, parler ensemble, réfléchir ensemble, débattre ensemble mais aussi prendre les repas et se détendre ensemble. Alors la joyeuse découverte survient. Nous prenons conscience que les différences spirituelles, théologiques, liturgiques entre nous ne sont plus forcément séparatrices. Au commencement de toute démarche en faveur de l’unité chrétienne, il y a cette vie ensemble proposée par le Forum.

Ma deuxième découverte est la fervente espérance des chrétiens de Colombie. Je ne connaissais pas ce pays, si ce n’est par les souvenirs des civilisations précolombiennes, la production du café et la douloureuse histoire de Madame Ingrid Betancourt. Nous avons écouté le témoignage des chrétiens de Colombie. J’ai pris conscience des horreurs de la guerre civile, des épreuves, des massacres de milliers d’innocents, de la dureté de la crise économique pour les pauvres et les petits. Cependant, plus encore que les ravages du mal, les chrétiens de Colombie ont gardé et développé l’espérance. Au milieu de leur détresse, ils ont su vivre leurs souffrances comme un appel à persévérer dans la foi. Ils ont continué à louer le Seigneur en mettant en Lui seul leur espérance. Au commencement de toute démarche en faveur de l’unité chrétienne, il y a cette espérance que le Christ est vivant. Malgré les épreuves, les membres de son Corps reçoivent sa vie.

Ma troisième découverte est la méthodologie même du Forum. Depuis plusieurs années, de nouvelles communautés chrétiennes apparaissent. Le Forum rassemble des membres de ces nouvelles communautés et d’Églises plus anciennes. Il propose de faire mémoire de notre histoire personnelle avec Jésus. La magnifique pédagogie du Forum est d’instaurer la confiance entre les Églises et de vivre une expérience spirituelle commune. Chacun, en effet, est invité à raconter sa relation avec Jésus, son histoire sacrée. Nous sommes ainsi au cœur de la foi. Nous mettons le Christ au centre. Le Fils de Dieu s’est fait homme. Il a vécu une histoire humaine concrète et singulière, semblable à nos histoires. Il crée ainsi un partenariat avec chacun au nom de cette ressemblance de son histoire avec la nôtre. Le but du Forum Chrétien Mondial est de raconter son histoire personnelle avec Jésus et d’être enrichi par l’histoire des autres. Nous ne sommes pas spectateurs mais acteurs de l’unité du peuple chrétien grâce à nos histoires communes avec Jésus. Nous découvrons de façon nouvelle que le Christ n’est pas divisé. Nous reconnaissons que le Christ est en chacun et chacun est dans le Christ. Le Forum permet d’aller au cœur de la vie chrétienne : le lien avec Jésus. Le Forum est donc profondément christocentrique. Au commencement de toute démarche en faveur de l’unité chrétienne, il y a le Christ. En tous, il est là, plus fort que tout ce qui pourrait nous séparer.